Le Cartographe des Indes boréales d’Olivier Truc : l’ebook enrichi d’un voyage

Le Cartographe des Indes boréales est un époustouflant roman d’aventures. La version numérique EPUB ne le sera pas moins. Pour la première fois aux éditions Métailié, c’est un ebook enrichi qui sera proposé. Avec pour projet de faire voyager le lecteur entre les cartes et suivre les déplacements du personnage. 

 

L’enrichissement du roman d’Olivier Truc plonge le lecteur dans l’univers d’Izko du Cap Saint Vincent, tout au Sud de l’Europe, au Spitzberg, dans le Grand Nord. Les cartes introduites dans la version numérique permettent de se repérer et des illustrations d’époque plongent dans l’ambiance d’un roman d’aventures qui prend place au temps de Richelieu et de Louis XIV. 

Détail qui a son importance, l’enrichissement de l’EPUB est un cadeau pour le lecteur puisque l’ouvrage est vendu sans surcoût et fonctionne sur tous les supports de lecture électronique. ActuaLitté a pu le tester en avant-première et sur iPad comme Kobo, rien à redire.

Comme tous les jeunes Basques, Izko rêvait de chasse à la baleine dans les eaux glacées des confins du monde sur les pas de son père, un harponneur de légende. Mais une force mystérieuse a changé le cours de son destin, le vouant au service de Dieu et du roi : il sera espion de Richelieu. 

Après avoir étudié l’art de la cartographie à Lisbonne et Stockholm, Izko part explorer les Indes boréales, où les Suédois espèrent bien trouver des mines d’argent pour financer leurs guerres, convertir les Lapons par la force et les réduire en esclavage, avec l’aide d’une poignée de prêtres fanatiques. 

Tenu par un terrible chantage, Izko devra frôler mille morts, endurer le cachot, la torture, pour découvrir le secret de ses parents, sonder sa propre culpabilité, et enfin choisir son camp, aux côtés des Lapons fiers et rebelles et d’une femme qui l’a toujours aimé. 
 

De l’austère Stockholm à la mystérieuse Laponie, de la forteresse mythique de Sagres aux tavernes de Göteborg, de la bouillonnante Amsterdam à la cité maudite de Piteå, ce héros courageux et attachant nous fait traverser mille fois l’Europe des guerres de religion et de l’inquisition. On embarque sans hésiter quitte à aller s’abîmer les yeux dans la nuit polaire.
 
Les éditions Métailié, qui célèbrent cette année leur 40e anniversaire voient ici l’occasion de réaffirmer avec force leur devise : « Des livres pour vivre intensément. » Le catalogue comporte à ce jour 1200 titres, dont plus de 300 sont disponibles au format numérique – une ouverture vers le monde à travers la diversité de la littérature et des idées, au-delà des cultures dominantes.

[à paraître 14/03] Olivier Truc – Le Cartographe des Indes boréales – Editions Métailié – 9791022608671 – 23 € | EPUB – 9791022608688 – 15,99 €

Dossier : Rentrée d’hiver 2019 : une nouvelle année littéraire lancée

“Affirmer le rôle des bibliothèques comme lieu de citoyenneté” (Alice Bernard, ABF)

Ces dernières années, les bibliothèques font face à deux tendances opposées : d’un côté, elles sont valorisées dans leurs missions auprès des publics, et mises en avant comme des moyens d’accès à la culture pour tous. De l’autre, les budgets de certaines tutelles se réduisent fortement, alors qu’un Plan Bibliothèque gouvernemental est censé apporter un nouveau souffle matériel et financier. Alice Bernard, présidente récemment élue de l’Association des Bibliothécaires de France, revient avec nous sur quelques sujets d’actualité.

Bibliothèque Canopée Paris

(photo d’illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

ActuaLitté : En tant que nouvelle présidente de l’ABF, quels sujets vous semblent cruciaux pour les bibliothèques et les bibliothécaires, ces trois prochaines années ?

Alice Bernard : Lors de son séminaire se déroulant à Dijon, le conseil national a défini les orientations qui accompagneront ce mandat. D’une part, affirmer le rôle des bibliothèques comme lieu de citoyenneté : dans l’accès aux droits (culturels, à l’information…), mais pour les acteurs culturels, c’est aussi un regard sur l’autre. Par nos différentes actions, les bibliothèques permettent de poser un regard, de le croiser à un autre, de favoriser la rencontre et promouvoir le vivre ensemble. D’autre part, l’inclusion sous ces différentes formes, notamment numérique, sera un autre axe de travail : faire en sorte de rendre le numérique et la bibliothèque (comme la vie en société en général) accessibles à tous et à toutes, que chaque individu y trouve sa place quels que soient ses envies, besoins, difficultés, parcours de vie. La démarche “Facile à lire” est un exemple qui va dans ce sens.

Citoyenneté, inclusion, les bibliothèques sont un acteur essentiel sur ces points, souvent mal ou pas reconnues par les pouvoirs publics. Nous relions également ces orientations à une volonté commune de réaffirmer les valeurs de l’ABF qui s’incarnent dans notre charte Bib’lib, et de les faire rayonner davantage auprès des bibliothèques et des élus. Cette charte du droit fondamental des citoyens à accéder à l’information et aux savoirs par les bibliothèques est clairement d’actualité. 
 

L’un des grands chantiers ouverts par le président de la République concerne les bibliothèques et leurs horaires d’ouverture : les mesures et moyens mis en œuvre sont-ils suffisants, selon l’ABF. Quels points attirent la vigilance de l’association en particulier ?

Alice Bernard : Cette question des horaires d’ouverture a été initiée par le ministre Frédéric Mitterrand en 2010. Le sujet n’est donc pas nouveau. Toutefois, le contexte économique actuel est encore plus contraignant. Il faut être vigilant car les mesures et moyens proposés par État, aussi intéressants soient-ils, sont soumis à des limites. Ils sont certes incitatifs, mais inciter ne suffit pas à garantir.

Rappelons déjà certaines évidences : les moyens financiers sont temporaires, leur mise en œuvre ne couvre pas l’intégralité des dépenses (le reste est à la charge de la collectivité), et rapporté au nombre de bibliothèques existantes, le budget mis en œuvre reste insuffisant. Les aides de l’État sont tout à fait utiles pour étudier la faisabilité et enclencher les expérimentations. Un supplément budgétaire a d’ailleurs été alloué à l’enveloppe 2019. Il est heureux que ce soutien financier puisse durer jusqu’à 5 ans car ce type de changement se fait sur le temps long. Mais que se passera-t-il lorsque ces aides prendront fin ? Y aura-t-il des remises en cause de projets ? De plus, les mesures proposées peuvent ne pas être pérennes en raison de la libre administration des collectivités. Ces mesures peuvent être ressenties comme des effets cliquets visant à empêcher le retour en arrière d’un processus une fois un certain stade dépassé. Cela peut aussi répondre à de réelles motivations, mais comment distinguer l’un de l’autre ?

Une autre interrogation est liée à la mise en place du pacte financier et fiscal. Cet outil de gestion du territoire limite sérieusement l’intérêt de ses aides pour les collectivités concernées (Grandes communes, Métropoles et Départements). En effet, pour élargir les heures d’ouverture, il est très souvent nécessaire d’embaucher. Si les collectivités ayant signé le pacte financier font cela, elles peuvent dépasser un plafond et être pénalisées. Au final, il est probable que les aides ne servent à rien dans ces cas-là sauf si le Ministère des finances accepte des exceptions.

Au-delà de la pérennisation, nos points de vigilance se portent aussi sur la manière dont les projets sont mis en œuvre. Il est certes important que les bibliothèques puissent ouvrir plus car c’est le premier service à rendre aux habitants d’un territoire ; mais pas n’importe comment. Il faut bien étudier en amont les horaires utiles aux habitants via un diagnostic temporel, il n’est pas question d’ouvrir plus par effet de mode. À cette étude doit être mis en regard les moyens nécessaires, notamment en personnel : il sera peut-être inévitable de renoncer ou réduire certains services, ou réorganiser le fonctionnement de la bibliothèque. Il est essentiel de se donner le temps du dialogue social pour aboutir à un accord qui ne se fasse pas au détriment des conditions de travail et de vie des bibliothécaires. Une fois l’extension actée, il importe de suivre et évaluer l’impact des choix horaires faits pour être capable de réadapter l’offre, voire la remettre en cause en cas d’absence d’efficience. Autre point, la presse a eu tendance à généraliser l’extension des horaires au dimanche. Or non seulement ce n’est pas pertinent partout en France, en fonction des lieux et des modes de vie des habitants, mais c’est oublier qu’il y a d’autres jours ou moments de la journée où une bibliothèque peut être fermée (lundi, pause méridienne, soirée…). Réfléchissons donc également à comment ouvrir mieux : en remaniant les horaires actuels afin qu’ils soient en adéquation avec les besoins identifiés, en coordonnant les ouvertures entre bibliothèque universitaire et bibliothèque municipale, etc.  

Bibliothèque Václav Havel - Paris

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Hormis la question des horaires, ouvrir mieux recouvre aussi d’autres aspects. Par exemple, assurer des moyens (humains et financiers) pour exercer une mission de service public de qualité, étendre la gratuité du prêt déjà à l’œuvre dans certaines villes, casser les barrières invisibles des non-usagers qui s’imaginent qu’une bibliothèque n’est pas pour eux… Ce dernier point sera d’ailleurs un sujet abordé lors de notre prochain congrès. L’ABF attend toujours un plan clair concernant cet aspect d’ « Ouvrir mieux les bibliothèques ». Quels sont les axes privilégiés par le Ministre ? Quelles aides ? Quels dispositifs mis en place ? Cette partie reste floue et insatisfaisante suite aux prémisses esquissées dans le rapport Orsenna.
 

6 millions de Français étaient inscrits en bibliothèque en 2018, un chiffre en hausse : une campagne de sensibilisation est-elle toujours d’actualité, adressée tant aux élus qu’aux potentiels usagers ?

Alice Bernard : Une campagne de promotion des bibliothèques ne pourra avoir lieu qu’à partir de messages clairs auprès des habitants et des décideurs. Une telle campagne devrait pouvoir s’appuyer sur l’enquête en cours sur l’impact social et économique des bibliothèques. Cette dernière a pris du retard et les résultats devraient être disponibles fin 2019 ou début 2020. Nous verrons alors si nous avons matière à communiquer de manière claire et efficace. Cette campagne devra être co-portée par le Ministère de la Culture ou le CNL et l’ABF.
 

Le Pass Culture est l’une des grandes propositions du quinquennat : les bibliothèques y seront-elles associées ?

Alice Bernard : L’ABF, l’ABD et l’ADBGV ont été associé au groupe de travail. Les bibliothèques pourront être présentes en valorisant leurs actions culturelles et leurs lieux. En fait, le Pass Culture ne veut pas uniquement donner accès à des offres payantes, même si c’est ce qui peut être perçu au premier regard, mais rendre visible toute l’offre culturelle sur un territoire grâce à un système de géolocalisation. Par exemple, la médiathèque de Villepinte qui est située dans un des départements en expérimentation, y propose déjà sa programmation événementielle. Ainsi, une bibliothèque peut toute à fait communiquer sur ses animations dédiées au public concerné, voire également prévoir d’offrir un abonnement gratuit (sous réserve de faisabilité administrative). Nous continuons à suivre l’évolution des expérimentations. 
 

L’ABF a récemment fait parvenir un courrier à Vincent Montagne pour demander une révision des conditions de PNB : quels sont les besoins et demandes des bibliothécaires, ainsi que les éventuels progrès ? Une arrivée du livre audio est-elle prévue ?

Alice Bernard : Il s’agit d’un courrier commun avec d’autres associations professionnelles afin de simplifier et de rendre plus abordable le système PNB. À partir des remontées de ses adhérents et de ses orientations, l’ABF exerce dans ce cas un rôle de revendication mais c’est Réseau Carel qui est chargé de la négociation éditeur par éditeur. Le Ministère de la Culture accompagne et soutien les demandes des bibliothécaires mais ne prend pas part à ces négociations. Une réunion a eu lieu le 15 février au ministère de la culture. L’ABF était présente et a donné son point de vue.

Quoiqu’il en soit, le dispositif PNB a évolué depuis son expérimentation et les tests de DILICOM concernant de nouvelles DRM moins lourdes dans leur mise en application est un vrai pas en avant (DRM LCP). Par contre, il serait sans doute intéressant maintenant de mettre autour de la table les fabricants de liseuses afin qu’ils intègrent rapidement ce nouveau système à leur matériel. Non seulement sur les nouveaux modèles, mais également sur ceux actuels.

Et, à un autre niveau, il importe aussi que les éditeurs jouent pleinement le jeu et ouvrent enfin l’intégralité de leur catalogue. Y compris aux nouveautés les plus attendues sur PNB, ce qui est loin d’être le cas. De plus, certains ne proposent que du « une copie – un utilisateur » ou ne mettent à disposition leurs livres qu’à des tarifs frôlant l’indécence. Cet immobilisme et cette incompréhension de ce qu’est réellement le numérique et l’attente de nos lecteurs ne peut que freiner le développement de la lecture numérique en bibliothèque.

Un autre point essentiel est qu’il faut consentir un véritable effort pour les petites bibliothèques qui souhaitent intégrer le projet. Car autrement, un vrai fossé numérique risque de se creuser entre les bibliothèques qui ont la capacité à proposer des livres numériques à leurs usagers, et les autres qui financièrement ne peuvent pas se le permettre. À l’heure où l’on parle tant d’e-inclusion, ceci n’est pas tolérable. Outre PNB, l’ABF restera vigilante quant à l’émergence d’autres solutions alternatives et saura les porter le cas échéant. Quant au livre audio, il reste une piste ouverte sur laquelle il faut travailler et avancer. 
 

Les discussions autour de la réforme européenne du droit d’auteur se poursuivent : l’ABF est-elle satisfaite des dernières versions du texte présentées ?

Alice Bernard : Comme Eblida et malgré leur mise à jour, nous demandons toujours le retrait des articles 11 et 13 qui sont susceptibles d’avoir des conséquences néfastes pour les citoyens en matière d’accès à l’information, et pour les bibliothèques. Le vote définitif au Parlement européen doit avoir lieu fin mars ou en avril, laissant encore le temps à la mobilisation et à un sursaut positif.

Congrès ABF 2017

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Aux États-Unis, mais aussi au niveau européen, l’évocation du “prêt numérique contrôlé” et d’un droit pour les bibliothèques de numériser et prêter les ouvrages imprimés de leurs collections, indisponibles à la vente au format numérique, semble tendre les ayants droit. Quelle est la position de l’ABF sur ce sujet particulier ?

Alice Bernard : Même si la colère des éditeurs et auteurs est compréhensible par l’absence de juste rémunération causée par cette pratique, ce « prêt contrôlé » est le signe que l’offre de lecture numérique existante n’est pas au niveau des attentes des lecteurs. Les bibliothèques partenaires d’Internet Archive tentent de répondre à des besoins de lecteurs, et de pallier à ce que des éditeurs n’ont pas su ou pu faire : rendre l’intégralité de leur catalogue de titres imprimés aussi disponibles au format numérique, même les textes les moins rentables…

Un état de fait que nous constatons également en France, en bibliothèque, quand nous construisons nos offres de lecture numérique. De plus, cette démarche ne s’exerce pas n’importe comment : l’accès à l’ouvrage est défini pour un temps limité, et un système de verrou empêche la copie. Nous ne disons pas que cette pratique est légitime, juste qu’il faut en tenir compte pour orienter les efforts des éditeurs.

Mort de Pierre Encrevé, artisan-fondateur de l’Institut national d’histoire de l’art

Le linguiste et historien de l’art Pierre Encrevé est mort le 13 février dernier, à Paris : ancien conseiller ministériel et spécialiste de l’œuvre de Pierre Soulages, Pierre Encrevé a publié de nombreux ouvrages sur ses domaines d’intérêt, de la linguistique aux artistes qu’il avait fréquentés. Il avait également participé à la création de l’Institut national de l’histoire de l’art (INHA). Éric de Chassey directeur général de l’INHA, lui rend hommage dans un texte ici publié.

Institut national d'histoire de l'art

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

C’est avec une immense tristesse que l’Institut national d’histoire de l’art a appris le décès, le 13 février 2019, de Pierre Encrevé, l’un des principaux artisans de sa naissance. Connu d’abord comme linguiste, celui-ci était aussi devenu un historien de l’art réputé, en particulier grâce à son travail sur l’œuvre de Pierre Soulages.

D’autres ont dit et diront encore comment Pierre Encrevé fut un des pionniers en France de la sociolinguistique, qu’il enseigna au Centre universitaire expérimental de Vincennes puis à l’École des hautes études en sciences sociales, et à laquelle il consacra plusieurs ouvrages de référence. Attentif à la fois à la structure de la langue et à son caractère de fait social, comme il le démontra de façon lumineuse dans ses Conversations sur la langue française, entretiens avec Michel Braudeau parus aux éditions Gallimard en 2006, il manifesta tout au long de sa vie un engagement sans faille pour la réduction des inégalités.

En particulier dans le champ culturel, engagement fondé sur de profondes convictions à la fois religieuses et politiques qui put pleinement s’exercer lorsqu’il rejoignit le cabinet de Michel Rocard, lorsque celui-ci fut nommé Premier ministre de notre pays (1988-1991).

Convaincu de la nécessité de développer la recherche en histoire de l’art, de la doter des moyens concrets qui lui faisaient par trop défaut et d’assurer mieux sa diffusion au bénéfice de tous les citoyens, il rédigea, avec l’aide d’Emmanuel Hoog, un rapport définissant les modalités de création et d’exercice d’un Institut international d’histoire des arts, remis en octobre 1992 à Lionel Jospin et Jack Lang, alors ministres de l’Éducation nationale et de la Culture.

C’est notamment sur la base de ce rapport que fut finalement pris en 2001 le décret créant l’Institut national d’histoire de l’art, qui avait été préparé par Pierre Encrevé quand celui-ci était conseiller au cabinet de Catherine Trautmann, ministre de la Culture de 1997 à 2000. Notre institut est donc infiniment redevable à l’engagement volontaire et à la capacité de persuasion de celui qui ne cessa jamais d’accompagner son développement et ses évolutions, avec une attention toujours bienveillante dont peuvent témoigner chacun des trois directeurs qui se sont succédé depuis sa création, ainsi que de nombreux historiens de l’art.

Sans doute cette attention était-elle renforcée par le fait que Pierre Encrevé avait su trouver le temps et l’énergie pour devenir à son tour historien de l’art, tant était grande sa passion pour les arts visuels. Son activité dans ce domaine était le résultat de sa rencontre avec deux artistes.

Alfred Manessier, d’abord, qu’il fréquenta à partir de 1972 et auquel il consacra essais, catalogues d’exposition et ouvrages, réunis dans le volume Manessier – Pierre Encrevé. Textes et entretiens, paru chez Somogy en 2012. Pierre Soulages ensuite, dont il avait remarqué l’affiche pour la Journée des Intellectuels pour le Vietnam de 1968, et dont il fit la connaissance en 1979. Les deux hommes développèrent une complicité et une proximité remarquables, dont témoignent les nombreux textes écrits par Pierre Encrevé sur tous les aspects de l’œuvre du premier.

C’est à partir de 1994, d’abord aux éditions du Seuil, puis aux éditions Gallimard, que parurent en particulier les quatre volumes du catalogue raisonné de l’œuvre peint de Pierre Soulages – le dernier menait jusqu’à l’année 2006, un cinquième tome était en préparation. Pierre Encrevé y menait à la fois une étude synthétique et une analyse minutieuse des peintures de l’artiste, qui en font l’ouvrage de référence sur celles-ci et, au-delà, un ouvrage incontournable pour quiconque s’intéresse – et s’intéressera – à l’histoire de l’abstraction de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle.

Ce travail d’écriture, accompagnant au jour le jour l’évolution de l’œuvre de Pierre Soulages, conduisit, pour ainsi dire logiquement, Pierre Encrevé à devenir le commissaire (avec Alfred Pacquement) de la rétrospective que le Musée national d’art moderne – Centre Pompidou consacra en 2009 au peintre.

Malgré des difficultés de santé qui n’avaient rien enlevé à sa rigueur intellectuelle et à sa générosité, il préparait depuis plusieurs mois l’exposition qui célébrera au Louvre, à la fin de l’année, le centième anniversaire de l’artiste : elle était suffisamment avancée pour que l’on soit certain d’y retrouver sa marque.
 

Éric de Chassey
Directeur général de l’INHA

“Error 404 Creators not found” : les auteurs mobilisés contre les GAFAM

Face au très polémique article 13 de la directive européenne, portant sur la modernisation du droit d’auteur, les créateurs se mobilisent. Via les réseaux sociaux, pour tenter de contrer les GAFAM et leur propre campagne de propagande, une opération « Error 404 Creators not found » vient de voir le jour.


via Facebook

 

Un compte, trois réseaux, et un message unique, porté par Vanessa Bertran, qui propose un billet d’humeur (pas forcément enjouée, mais très engagée), proposé ici dans son intégralité.
 

Google ou la propagande 2.0 contre une directive européenne

par Vanessa Bertran
 

Depuis novembre, Google utilise le canal YouTube pour répandre un message aussi clair que mensonger : la directive européenne sur le droit d’auteur va tuer internet et empêcher la jeunesse de visionner les séquences de ses humoristes ou influenceurs préférés. La propagande touche même les cours d’école puisque le public crédule qu’est la jeunesse est le premier visé. Face à la déferlante, son opinion est faite : le fameux article 13 de la directive serait un texte liberticide, et Google un rempart contre la censure et un défenseur des libertés. Mais qui peut encore y croire ?

Les opinions se propagent sur les réseaux sociaux à une telle vitesse qu’elles ne se contentent plus de commenter la réalité : elles l’influencent et la façonnent. Ces réseaux ont contribué à faire sortir un pays d’une entité politique, monétaire et culturelle et ils ont rendu possible l’élection d’un président dans une république contre l’avis d’une majorité de ses citoyens.
 


Ce qui se joue, c’est simplement la souveraineté politique, l’identité et la survie économique de l’Europe. Une holding américaine toute puissante ne supporte pas l’idée de devoir partager ses revenus avec ceux qui lui fournissent les contenus dont elle se nourrit.

Nous, écrivains, compositeurs, cinéastes, plasticiens, dramaturges, photographes, journalistes, et nos partenaires producteurs, éditeurs et diffuseurs, sommes les créateurs de ces contenus. Nous avons le devoir de monter au créneau.

En août dernier, le journaliste et Prix Albert Londres Sammy Ketz a brillamment démontré dans une tribune de l’AFP que Google était en train de tuer le journalisme en s’attaquant à son indépendance. Tous les secteurs de la création soumis à la propriété intellectuelle sont aujourd’hui visés : les musiques que vous écoutez, les films et séries que vous regardez, les romans, bandes dessinées et journaux que vous lisez.
 

L’immense nébuleuse de fumisteries

Ce qui menace les œuvres, ce n’est pas une directive qui propose au mieux un partage de la valeur équilibré (sans que l’internaute n’ait un centime de plus à débourser). C’est la volonté hégémonique d’un consortium qui veut étendre son pouvoir en diluant le libre-arbitre des citoyens dans une nébuleuse d’informations non vérifiées, qui cherche à brouiller les pistes et à ériger le vide en valeur suprême, en une tentative inédite de déshumanisation de la pensée.

Le conglomérat « Alphabet » (avec toute la valeur symbolique de la première lettre d’un nouveau logos) créé par Google, engrangera en 2018 un bénéfice estimé à 36 milliards de dollars, à savoir plus que ce que la France peut investir dans le ministère des armées, ou encore dans ceux de la santé, de la transition écologique, de l’agriculture et de la culture réunis. 

Alphabet, ce n’est pas seulement le moteur de recherche Google, ni la plateforme YouTube ou le système Androïd qui équipe nos tablettes et nos téléphones. C’est aussi la domotique qui vise à nous « simplifier » la vie, ou encore Calico, société de biotechnologies dont le projet est de « tuer la mort » ou Verily, avec le même objectif, qui s’est associée à Sanofi sur certains projets, ou même Deep Mind Technologies dont les recherches se concentrent sur l’intelligence artificielle.

Si le noble dessein de cette entreprise est d’approfondir la connaissance du fonctionnement du cerveau, ses travaux ont pour finalité d’externaliser la pensée pour l’accélérer et faciliter la prise de décision. A priori, l’intelligence artificielle ne fait que reproduire un mécanisme déjà existant en agrégeant à sa base de données des exemples de prise de décisions humaines. Idem en matière de création artistique : un portrait à la manière de Rembrandt a été peint par un logiciel d’intelligence artificielle à partir de l’analyse d’un millier de tableaux de l’artiste. Mais l’I.A. reste un faussaire et le tableau obtenu n’est pas un Rembrandt.
 

La problématique des travaux de Google est ontologique : selon le géant américain de la tech, qu’importe que ce tableau soit ou non un Rembrandt. La notion d’auteur disparaît, celle d’humain suivra bientôt. Pour « Tuer la mort », on sacralise l’idée de vie comme une fin en soi, une vie pour la vie et non pour le sens qu’on lui donne.

Mais quid de la campagne de Google sur YouTube contre la directive européenne dans l’affaire, et notamment des arguments bombardés contre la dizaine de lignes du satanique article 13, stigmatisé comme s’il allait priver l’humanité de tout accès à la culture (c’est-à-dire à YouTube) ? Ce texte de loi, qui de toute manière n’est qu’un point de départ puisqu’il devra, même s’il est adopté au Parlement, être transposé dans chaque pays d’Europe, n’est pas une censure orchestrée par les créateurs : nous ne demandons pas mieux que nos chansons ou nos films soient largement accessibles.

C’est avant tout un garde-fou pour ne pas que les auteurs soient spoliés, dépossédés de leurs revenus.

La force de frappe de Google est immense et ses arguments outrageusement démagogues. Non, la directive ne causera pas la perte des influenceurs du net. Non, il n’interdira pas aux YouTubers testeurs, critiques ou humoristes de faire référence à des œuvres protégées. Il a pour objectif que YouTube s’engage à identifier les références en question et qu’il en rémunère les auteurs. Techniquement, il en a tout à fait les moyens, puisqu’il met par ailleurs en place des algorithmes capables de faire de la chirurgie cardiaque…
 

Réapprendre l’alphabet, façon Google

Si Google souhaite censurer ces extraits pour ne pas avoir à en rétribuer les auteurs, c’est sa propre décision, guidée par sa cupidité, puisqu’il lui faudra reverser quelques miettes des milliards d’euros générés par la vente de messages publicitaires. Il est faux de parler de « filtrage » quand il n’est demandé qu’une « reconnaissance de contenu ». Par ailleurs, Google omet de préciser les conditions générales aliénantes qu’il impose à ses YouTubers quand ils créent leur chaîne : ceux-ci lui sont alors inféodés, comme le chauffeur de véhicule l’est à Uber.

Tel un Scrooge, l’affreux avare de Dickens, Google en veut toujours plus  : priver les auteurs de leurs revenus, priver les journalistes de leur indépendance, se substituer à l’intelligence et devenir un démiurge. Donc on commence par laver les cerveaux à coup de campagne mensongère et anxiogène, puis on leur substitue des algorithmes paramétrables à souhait.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

#NoCreatorsNoContent⠀ #CreateyourInternet⠀ #WeNeedArticle13

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Le pilonnage disproportionné que subit cette directive a le mérite d’avoir fait tomber les masques : ce n’est pas tant contre l’article 13 que se bat Google, mais contre un monde libre. Face à un assaut plus idéologique encore que financier, nous avons tous le devoir de réfléchir, de peser nos arguments, de proposer — notamment via nos œuvres — une vision du monde alternative à celle que nous promettent les apprentis sorciers de Mountain View.

Car les auteurs ne sont pas une secte en numerus clausus  : chacun peut être amené à composer, écrire, filmer, sculpter. Défendre le droit d’auteur, c’est faire acte de résistance. C’est continuer à inciter tous les hommes à exercer leur sens critique, à poser un regard distancé sur la réalité. C’est respecter l’humain en chacun de nous. La bataille autour de l’article 13 est hautement symbolique pour Google, qui ne supporte pas de devoir partager un peu de ses gains et obéir à quelqu’un d’autre que lui-même.

En protégeant la liberté des créateurs contre la volonté hégémonique d’une société commerciale américaine, la directive protège la liberté tout court.

Nous commençons à comprendre que le lobby des produits chimiques ne vise que le profit sans se soucier du bien-être des consommateurs et de l’avenir de la Terre. Et si la campagne de Google contre la directive européenne ne cherchait pas tout simplement à légaliser le Glyphosate de la pensée ?

Vanessa Bertran : Auteure des doublages de plus de 300 épisodes de séries (Zoo, Supergirl, Blindspot, Pretty Little Liars, Turn, Stalker, Night Shift, H2O, Sorcière mais pas trop), dessins animés, films musicaux (biopic Johnny Cash, Leonard Cohen, Les USA contre John Lennon), plusieurs dizaines de films et téléfilms, de sous-titrages d’opéras pour la télévision, également parolière de chansons et adaptation de comédies musicale.

Alexandre Gauthier, dans les cuisines de sa bibliothèque

PORTRAIT – Chef doublement étoilé de la Grenouillère, à la Madelaine-sous-Montreuil, Alexandre Gauthier est un lecteur éclectique qui met à profit le peu de temps que lui laissent son métier et son restaurant pour s’ouvrir, à travers la lecture, aux autres et au monde. 
 


© Marie-Laure Fréchet
 

Dans le petit salon de la Grenouillère, orné d’une fresque qui rend hommage aux batraciens, une pile de livres nous attend. « Je pensais n’en apporter que trois ou quatre », s’excuse presque Alexandre Gauthier. 

Peu de chefs s’intéressent à la littérature. Ou en ont simplement le loisir. Alexandre Gauthier, jeune chef talentueux et hyper sollicité (il a notamment fait partie des quatre chefs français qui ont cuisiné en 2015 pour les chefs d’État participant à la COP21 à Paris), ne conçoit pourtant pas sa vie sans les livres. Ses ouvrages se partagent entre son domicile et son restaurant, où il passe l’essentiel de son temps.

Posés plus que rangés, à hauteur d’homme, à portée de main. Les livres de cuisine n’occupent que peu de place ; ouvrages de chefs amis, ils ne sont pas une source d’inspiration. Ses références, Alexandre Gauthier les puise dans l’art contemporain, l’architecture et le spectacle vivant, ses passions. Bibliophile, il collectionne volontiers : les beaux livres pour le simple plaisir esthétique ou les anciens manuels de scoutisme, sa passion de jeunesse.

Et puis il y a ces ouvrages qui entrent à la Grenouillère avec leur auteur, à la faveur d’une rencontre, d’un coup de cœur. C’est le cas de Milan Kundera, fidèle de la maison. Quand l’écrivain se rend pour la première fois dans cette auberge posée au bord de la Canche, Roland, le père d’Alexandre, est encore aux fourneaux. « Fatigué par les villes où je suis obligé de vivre, j’ai été ébloui par une cuisine cachée au milieu de la nature […]. Nous nous disions souvent, ma femme et moi, qu’un déjeuner à la Grenouillère est une œuvre d’art », écrit-il dans le court texte de préface qu’il a offert très exceptionnellement au jeune chef pour la sortie de son livre de cuisine.
 

Sous le charme de cette cuisine, il en oubliera même un jour le manuscrit de La lenteur sous sa chaise, lors d’un déjeuner avec son éditeur. Ces rencontres, ces amitiés nourrissent sans relâche Alexandre Gauthier et ses lectures. Il en parle avec ardeur, ne s’interrompant que pour puiser dans sa bibliothèque un ouvrage, puis un autre, qu’il commente aussitôt avec passion. Quand on le quitte, la pile est haute et on repart avec trois livres sous le bras. 
 

L’enfance et l’auteur de coeur 

« Gamin, j’étais incapable de lire un roman. Les premiers que j’ai pu lire, ce sont ceux d’un historien local, Philippe Valcq, auteur de romans historiques qui se déroulent à Montreuil-sur-Mer à l’époque des Templiers. Comme j’étais scout, j’aimais le côté mystérieux de ces histoires. Je lisais aussi des romans d’aventuriers l’aventurier que je ne serai jamais…

Walter Bonatti, René Desmaison, Gaston Rébuffat, qui ont écrit des grandes épopées de haute montagne. Ce sont des histoires d’hommes. On y trouve le goût de l’engagement pour l’autre. Cette valeur humaine, ce goût de l’homme, je le retrouve dans ma maison, à la Grenouillère. Parfois on vit aussi des déceptions. L’homme peut puiser en l’homme et épuiser l’homme. Il faut alors se régénérer et c’est ce que je fais à travers ce genre de lectures. » 

Ainsi, affirme-t-il : « J’aime Sylvain Tesson. Depuis toujours. Depuis le livre qu’il a écrit avec Alexandre Poussin (La Marche dans le ciel, Robert Laffont). C’est un érudit qui s’interroge beaucoup sur la vie. J’aime sa façon d’écrire, sa capacité à se dépasser et le fait qu’il ne s’apitoie jamais. La vie est ce qu’on en fait. On en a la force ou on ne l’a pas. » 
 

Des livres au temps de lire 

« Je suis sensible aux beaux livres. Trop ! Je suis capable d’acheter un livre pour simplement le feuilleter. J’aime surtout les livres que l’on peut abandonner pendant une semaine, des lettres, des textes courts, des nouvelles, des chansons. J’aime parcourir un livre non pas en zappant, mais sans suivre un chemin déterminé. Je suis sensible au texte, mais je n’aime pas devoir relire quatre fois la même phrase pour la comprendre. Ou quand une phrase est tellement bien écrite qu’elle a une résonance immédiate sur votre vie. Il faut être très disponible, concentré et moi je ne le suis pas. »

En revanche, « je ne lis pas le soir, car je suis trop fatigué et je ne retiens pas ce que je lis. Je ne lis que lorsque je suis en vacances ou à la fin de mon service, une vingtaine de minutes. Pendant les vacances, j’ai toujours deux ou trois livres avec moi. J’ai ainsi découvert Lettres à Yves, de Pierre Bergé (Gallimard) que j’ai lu au Maroc il y a quelques années. Parmi mes autres grandes découvertes, il y a Lettres à Anne, de François Mitterrand (Gallimard), un livre magnifique. J’y ai découvert l’homme derrière l’homme politique ».
 

Paroles et chansons 

« Brel, Aznavour, Barbara et Brassens : quatre chanteurs fétiches qui me font avancer. Brel surtout, que j’ai appris à connaître à 20 ans par une interview (Brel parle, Interview 1971 à Knokke) qui a été une révélation dans ma vie d’homme. Il me faut des livres qui me donnent de l’espoir, pas qui me fassent sombrer dans la dépression. Mais je peux écouter une chanson très mélancolique.
 

Ces chanteurs me mettent dans une mélancolie profonde et cette mélancolie me permet de me recentrer. Pour moi c’est de la poésie, de la poésie d’aujourd’hui. Par contre, je ne suis pas du tout sensible au slam. Pour moi, il y a un côté nonchalant que je ne supporte pas. Moi, j’aime l’enthousiasme. Le “divin en l’homme”, comme dit Pierre Rabhi. » 
 

Milan Kundera, l’auteur des auteurs

« Il m’a fait un cadeau exceptionnel en préfaçant mon livre. Un acte sincère et généreux. C’est la dernière chose qu’il ait publiée. On est intimes sans l’être. On a son amitié et sa confiance, car comme d’autres qui viennent chez nous, il n’est en aucun cas un faire-valoir de la maison. Le fait qu’il ait renoncé à publier, c’est la preuve d’une très grande lucidité. Brel est aussi un exemple quand il dit j’arrête la chanson, j’arrête le cinéma, je vais vivre aux Maldives et qu’il change de vie.

D’autres passent une vie à gravir des montagnes et à survivre. Ils ont tous en commun la peur du temps qui passe. Moi aussi je suis du genre à être dépressif le jour de mon anniversaire. Car on ne peut pas tout vivre. Il faut faire des choix. Je n’ai pas su trouver d’autre équilibre que de travailler 15 h par jour dans ma maison. Du coup, je la fais vivre et y amène du monde. Et des livres qui ouvrent des fenêtres. » 
 

Les jardins 

« J’ai le goût des jardins. J’aime me perdre à Valloires, à Séricourt. Et je trouve très belle la littérature du jardin. Gilles Clément, Pascal Criblier écrivent des choses magnifiques. J’aime surtout être dans leur jardin pour que leurs livres s’incarnent. J’ai beaucoup aimé Le Jardin perdu de Jorn de Précy. Il est traduit par l’historien des jardins Marco Martella. Il a créé la revue Jardins, qui rassemble des textes sur les jardins écrits par les grandes plumes françaises. » 
 

Victor Hugo 

« Quand tu habites à Montreuil-sur-Mer, il y en a un que tu ne peux pas ne pas citer, c’est Victor Hugo. Il n’a passé que deux heures à Montreuil, d’où il a envoyé une lettre incroyable à sa fille Léopoldine. Les Misérables, c’est un chef d’œuvre mondialement connu. Je ne lis plus ce genre de pavés. Même si mon père vient de me confier deux livres en me disant : tu vas adorer Romain Gary. » 

Un coup de cœur ? « Olivier Tallec. C’est un illustrateur qui dessine pour les enfants. Il est sarcastique et son travail est génial. Pour moi, c’est aussi de la littérature. » 

Son livre ? « C’est un catalogue raisonné de notre travail en cuisine, de notre philosophie et il n’a aucune autre ambition que de partager ce que l’on est. De laisser une trace. De retranscrire l’esprit, l’envie et l’énergie de la maison. Avec humilité, fragilité et mouvement. Un bel objet inachevé (la tranche est simplement cousue, NDLR), car le travail ne s’arrête pas. Le deuxième sortira en 2019 et montrera l’évolution de la cuisine.

À la Grenouillère, on va aussi démarrer la phase 2 avec Patrick Bouchain, pour 2020. Après je m’arrêterai, mais on n’en est pas là. Comme le dit Patrick, chaque œuvre est le travail d’une vie. Pour moi, ça signifie continuer le mouvement, être en perpétuelle recherche culinaire, humaine et en quête d’aventures intérieures. » 

 

Propos recueillis par Marie-Laure Fréchet