Bourreau et victime : la goûteuse d’Hitler, complice du nazisme

ROMAN HISTORIQUE / PODCAST – Trois fois par jour, avaler la nourriture destinée à un autre, déglutir et attendre… attendre que le possible poison fasse effet, et mourir. Ou survivre. Jusqu’à la prochaine bouchée, jusqu’au prochain aliment qui contiendrait un élément mortel. L’histoire véritable de Margot Wölk, devenue sous la plume de Rosella Postorino, Rosa Sauer : être goûteuse d’Hitler.

Il faut revenir au récit que Margot Wölk, à l’âge de 96 ans, produisit dans la presse. À la caserne de Karusendorf, elle travaillait pour le Fürher : chargée, ainsi que d’autres femmes recrutées par les SS, de s’assurer que les plats destinés à Adolf Hitler n’étaient pas empoisonnés. 

Cette femme ne comptait pas parmi les partisans du nazisme : elle et une quinzaine d’autres effectuaient simplement ce pour quoi elles avaient été choisies. Décédée en 2014, Rosella Postorino n’a pas pu la rencontrer, malgré sa tentative pour entrer en contact. C’est ainsi que Rosa Sauer a vu le jour. 

Et qu’elle s’est retrouvée au service d’Hitler : victime et bourreau, dans une autre configuration de ce que les régimes totalitaires peuvent produire. Rosa n’a jamais été une nazie, pas plus que sa famille. Elle avait déménagé à Gross-Partsch par nécessité, après le décès de sa mère — survenu lors d’un attentat à la bombe à Berlin. 

Son mari fut engagé de force dans les troupes, et voici qu’elle se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Parce que le village est situé à proximité du Wolfsschanze, le quartier général du Fürher, dans les bois. 

Capturée par les troupes de la SS, la voici rapidement contrainte de collaborer, de devenir goûteuse et de prendre part à un régime qu’elle n’a pas voulu, qu’elle ne cautionne pas — mais qui finit par la broyer. Son acceptation de ce rôle se fait progressivement plus docile, elle rentre dans le rang. Mais l’esprit se révolte et ne pouvant agir, devient coupable de cette collaboration avec le pouvoir. 

 

Le roman est d’une finesse terrible, construit autour d’une structure implacable — et le rendu de l’italien sous la traduction de Dominique Vittoz aboutit à une langue pétrifiante. La honte et la culpabilité palpables, les espoirs qui se brisent, toute une dramaturgie s’articule dans cette confrontation permanente entre bourreau et victime. Jusqu’à l’inévitable syndrome de Stockholm, prévisible, mais fracassant.
 

Rosella Postorino était de passage à Paris. Elle raconte à ActuaLitté cette aventure éditoriale — le livre était en effet l’une des stars de la Foire du livre de Francfort en 2017, avant même sa commercialisation. Et plus encore, sa passion de l’auteure pour la culpabilité et l’oppression, ou comment une opprimée devient finalement complice des bourreaux, jusqu’à leur venir en aide.

Entretien pour Vois Lis Voix Là, le podcast de ActuaLitté.
 

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