Bourreau et victime : la goûteuse d’Hitler, complice du nazisme

ROMAN HISTORIQUE / PODCAST – Trois fois par jour, avaler la nourriture destinée à un autre, déglutir et attendre… attendre que le possible poison fasse effet, et mourir. Ou survivre. Jusqu’à la prochaine bouchée, jusqu’au prochain aliment qui contiendrait un élément mortel. L’histoire véritable de Margot Wölk, devenue sous la plume de Rosella Postorino, Rosa Sauer : être goûteuse d’Hitler.

Il faut revenir au récit que Margot Wölk, à l’âge de 96 ans, produisit dans la presse. À la caserne de Karusendorf, elle travaillait pour le Fürher : chargée, ainsi que d’autres femmes recrutées par les SS, de s’assurer que les plats destinés à Adolf Hitler n’étaient pas empoisonnés. 

Cette femme ne comptait pas parmi les partisans du nazisme : elle et une quinzaine d’autres effectuaient simplement ce pour quoi elles avaient été choisies. Décédée en 2014, Rosella Postorino n’a pas pu la rencontrer, malgré sa tentative pour entrer en contact. C’est ainsi que Rosa Sauer a vu le jour. 

Et qu’elle s’est retrouvée au service d’Hitler : victime et bourreau, dans une autre configuration de ce que les régimes totalitaires peuvent produire. Rosa n’a jamais été une nazie, pas plus que sa famille. Elle avait déménagé à Gross-Partsch par nécessité, après le décès de sa mère — survenu lors d’un attentat à la bombe à Berlin. 

Son mari fut engagé de force dans les troupes, et voici qu’elle se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Parce que le village est situé à proximité du Wolfsschanze, le quartier général du Fürher, dans les bois. 

Capturée par les troupes de la SS, la voici rapidement contrainte de collaborer, de devenir goûteuse et de prendre part à un régime qu’elle n’a pas voulu, qu’elle ne cautionne pas — mais qui finit par la broyer. Son acceptation de ce rôle se fait progressivement plus docile, elle rentre dans le rang. Mais l’esprit se révolte et ne pouvant agir, devient coupable de cette collaboration avec le pouvoir. 

 

Le roman est d’une finesse terrible, construit autour d’une structure implacable — et le rendu de l’italien sous la traduction de Dominique Vittoz aboutit à une langue pétrifiante. La honte et la culpabilité palpables, les espoirs qui se brisent, toute une dramaturgie s’articule dans cette confrontation permanente entre bourreau et victime. Jusqu’à l’inévitable syndrome de Stockholm, prévisible, mais fracassant.
 

Rosella Postorino était de passage à Paris. Elle raconte à ActuaLitté cette aventure éditoriale — le livre était en effet l’une des stars de la Foire du livre de Francfort en 2017, avant même sa commercialisation. Et plus encore, sa passion de l’auteure pour la culpabilité et l’oppression, ou comment une opprimée devient finalement complice des bourreaux, jusqu’à leur venir en aide.

Entretien pour Vois Lis Voix Là, le podcast de ActuaLitté.
 

Comment améliorer l’offre de prêt numérique dans les bibliothèques ?

Lancé en 2014 par le Syndicat national de l’édition et Dilicom, avec le soutien du ministère de la Culture, le système PNB devait rendre possible le prêt de livres numériques et contenter l’ensemble de l’interprofession du livre. Les bibliothécaires ont profité de ce début d’année 2019 pour faire parvenir un courrier au SNE proposant plusieurs améliorations du système, qui est encore loin de faire l’unanimité au sein des professionnels de la lecture publique.

Lecteur ebook KO

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Nous reproduisons ci-dessous le courrier envoyé à Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition :

Le 21 janvier 2019,

 

Monsieur Vincent Montagne 
Président du Syndicat national de |’édition
115 Boulevard Saint-Germain
75006 PARIS

Monsieur le Président,

L’Association des bibliothécaires de France, l’Association des directrices et directeurs des bibliothèques municipales et groupements intercommunaux des villes de France, l’Association des bibliothécaires départementaux, l’Association RéseauCarel et la Fédération des utilisateurs de logiciels pour bibliothèques, information et documentation souhaitent vous faire part de leurs réflexions sur |’avenir du dispositif Prêt numérique en bibliothèque (PNB).

Nous considérons que la complétude de l’offre PNB, prévue en 2014 par la première des Douze recommandations signées par |’interprofession, est une condition primordiale pour la diffusion du livre numérique en bibliothèque. Or une partie du catalogue numérique disponible pour le grand public est encore indisponible dans l’offre proposée par PNB aux collectivités territoriales. Nous attendons beaucoup des résultats de |’enquête que Dilicom va mener dans les prochaines semaines auprès des éditeurs dont l’offre est absente ou partiellement présente dans PNB.

Par ailleurs, certains modèles de licences présents dans PNB sont peu pertinents pour les petites et moyennes bibliothèques, qui constituent une part importante du maillage de la lecture publique et dont les lecteurs ont vocation, eux aussi, à avoir accès au livre numérique. Le nombre de prêts autorisés pour un titre acquis (jetons) est souvent trop important pour ces établissements, qui se satisferaient sans doute pour la plupart d’ entre eux d’un nombre de 25 jetons.

En outre, un nombre de 10 utilisateurs simultanés autorisés pourrait permettre une souplesse d’usage qui répondrait aux besoins de toutes les bibliothèques, quelle que soit leur taille. De ce point de vue, eu égard aux contraintes financières connues de tous qui pèsent sur les collectivités territoriales, la stabilité du prix du jeton constitue, à nos yeux, un élément décisif pour que nous puissions collectivement, élus, bibliothécaires et éditeurs, répondre à la demande de tous nos concitoyens d’un égal accès à la culture.

Enfin, la constitution d’un catalogue de fonds diversifié, comme la gestion de l’offre numérique des bibliothèques, sont grandement facilitées par une durée de licence illimitée pour les titres de fonds (parution intervenue il y a plus d’un an) et de dix ans pour les nouveautés (parution de moins d’un an).

Nous souhaitons vous informer que nous sommes a la disposition du SNE pour faire avancer celles des questions qui appellent un traitement collectif et interprofessionnel et que nous comptons parallèlement continuer le travail de sensibilisation que nous menons avec chacune des maisons d’édition pour les engager à toujours mieux adapter leurs offres de licence a la réalité du service que nous rendons à nos usagers.

Il nous parait également important d’améliorer la visibilité et l’accès à l’offre numérique dans nos catalogues et nos bibliothèques numériques. En effet, la qualité des métadonnées descriptives des livres numériques et la mise en place de la DRM LCP sont des enjeux majeurs pour la réussite du prêt numérique en bibliothèque.

Ainsi, nous nous associons au SNE pour partager le constat de la nécessaire et rapide adoption de la DRM LCP par les systèmes et technologies mis en œuvre pour la fourniture de livres numériques en bibliothèque. À cet égard, nous appuierons la démarche que souhaite engager le ministère de la Culture pour inciter nos prestataires de logiciels à effectuer les développements allant dans ce sens.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos salutations distinguées.

Les auteurs les plus précaires, victimes du ministère de la Culture

Les réunions de concertation entre les organisations d’auteurs, le Ministère de la Culture et la Direction de la sécurité sociale se poursuivent, dans le climat morose post 1er janvier. Les organisations d’auteurs tirent la sonnette d’alarme depuis plus d’un an quant aux effets de bord des réformes. Les réformes sont tombées, et l’addition est salée !

La Marche des auteurs
ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (manifestation au salon du livre de Paris, en 2015)

 

À la nombreuse liste des problèmes techniques qui se posent pour les auteurs, demeure un grand oubli malgré les alertes des organisations : la compensation de la CSG pour les plus précaires des artistes auteurs.
 

Un petit oubli dans les fichiers 

Pour rappel, en septembre 2018, les organisations d’auteurs découvraient qu’aucun mécanisme de compensation de la CSG n’avait été prévu pour leur cas. Une perte de pouvoir d’achat de 1,7 % par auteur ! Suite aux manifestations des auteurs, notamment lors du Salon du livre jeunesse de Montreuil, le Ministère de la Culture avait annoncé qu’une solution avait été trouvée pour remédier à cet oubli.

Aujourd’hui, le mécanisme de compensation est complexe. Il n’a rien d’automatique, se fait sur demande, et peine à toucher l’ensemble des artistes auteurs de manière effective. En novembre, sur les 18 millions débloqués par l’État pour compenser la CSG, seulement 2 millions d’euros avaient été versés. 
 

Mais en plus de ces bricolages, un autre oubli a surgi. Dans une lettre ouverte, adressée à la rue de Valois, les organisations d’auteurs s’indignent. Les auteurs dans la situation économique la plus fragile vont prendre un coup de bâton d’une violence rare.
 

Un effet pervers dans la hausse de la CSG

Katerine Louineau, représentante du CAAP, organisation syndicale de défense des plasticiens, graphistes, photographes, ne décolère pas : « Augmenter l’insécurité sociale des artistes-auteurs les plus pauvres, on marche sur la tête ! Cet effet pervers de la hausse de la CSG constituerait une régression monstrueuse. Visiblement, nos décideurs ne se rendent pas compte que payer 100 € de plus quand on vit avec moins de 500 € par mois, c’est énorme. »

En effet, il existe une Commission d’action sociale à laquelle les auteurs les plus précaires peuvent avoir recours : cette dernière leur permet, lorsque leurs revenus passent sous le seuil d’affiliation lors de difficultés économiques, de demander la prise en charge des cotisations. De la sorte, ils obtiennent leur affiliation et s’ouvrent les droits nécessaires.

Cette commission ne prend pas en charge la CSG, qui reste à charge. Cet angle mort dans la compensation frapperait des centaines d’auteurs, qui sont justement les auteurs dans les moments les plus difficiles de leur carrière.
 

« L’aide sociale au sein du régime des artistes-auteurs est particulièrement limitée, seuls ceux qui sont dans une situation de précarité extrême y ont accès, ils ne peuvent demander qu’une prise charge partielle des sommes dues, le budget alloué est homéopathique (moins de 0,18 % du recouvrement social du régime) », poursuit Katherine Louineau.
 
Ainsi, envisager aujourd’hui que « les plus pauvres d’entre nous soient exclus de l’aide de l’État qui compense la hausse de la CSG relève de la provocation. À quoi servent les réunions dites de “concertation” dès lors qu’in fine les décisions prises le sont sans aucune considération des positions des premiers concernés ? ».

Selon nos informations, la direction de la Sécurité sociale botte en touche, évoquant des raisons techniques qui empêchent de rattraper la situation. Pourtant, le Ministère de la Culture a bien affiché la volonté politique de compenser la CSG pour tous les artistes-auteurs. 

Le courrier, signé par une vingtaine d’organisations d’auteur réclame justice. Nous le reproduisons ci-dessous dans son intégralité : 

 

LETTRE OUVERTE des artistes-auteurs au Ministre de la Culture.

Le gouvernement s’est engagé à compenser la hausse de la CSG pour tous les artistes-auteurs sans aucune exception. 

Or, lors de la réunion de concertation du 22 janvier 2019, les représentants du gouvernement ont envisagé que les plus vulnérables des artistes-auteurs ne soient pas compensés de cette hausse et qu’ils doivent finalement payer 9,20 % de leur revenu au lieu de 7,50 % précédemment. 

En effet, le projet de décret « instituant des mesures de soutien au pouvoir d’achat des artistes — auteurs » qui a été présenté le 22 janvier n’a pas prévu le cas particulier des artistes-auteurs qui bénéficieront de l’action sociale du régime, et ce, malgré les alertes et la position générale des représentants des artistes-auteurs qui s’était dégagée à la réunion de concertation du 18 décembre 2018. 

D’une part, l’action sociale du régime est actuellement limitée à la prise en charge des cotisations de sécurité sociale, la CSG et la CRDS restent entièrement à la charge des artistes — auteurs concernés. D’autre part, la mesure « de soutien au pouvoir d’achat des artistes-auteurs » visant à compenser la hausse de la CSG porte exclusivement sur les cotisations de sécurité sociale, non sur la CSG elle-même. 

En conséquence, le reste à la charge des artistes-auteurs les plus en difficulté économique et sociale serait mécaniquement augmenté de 1,7 %, tandis que le montant de leur aide sociale se trouverait diminué. In fine, les artistes-auteurs bénéficiaires de l’aide sociale du régime se verraient ainsi imposer une CSG à 9,20 % sur leur faible revenu et seraient les seuls actifs en France à voir leur revenu disponible amputé par la hausse de la CSG. 

Chaque année, moins d’un millier d’artistes-auteurs bénéficie de cette aide sociale, mais compte tenu de la précarité et de l’irrégularité des revenus des artistes-auteurs tous peuvent — à un moment de leur carrière — être concernés. 
Par la présente, nous demandons solennellement au gouvernement de respecter sa parole et de prendre en charge la compensation de l’augmentation de la CSG pour tous les artistes — auteurs et en toutes circonstances. 

Pour rester à droits constants et ne pas pénaliser les bénéficiaires de la commission d’action sociale, nous demandons que le périmètre de cette action soit revu afin de permettre de compenser l’augmentation du reste à charge induit par la hausse de la CSG. 

Liste des signataires : 

AdaBD (Association des Auteurs de Bandes dessinées) 
ADA (Autour Des Auteurs)
CAAP (Comité des Artistes Auteurs Plasticiens)
C-E-A (Association française des commissaires d’exposition)
EAT (Écrivains Associés du Théâtre)
FRAAP (Fédération des Réseaux et Associations d’Artistes Plasticiens)
La Charte des auteurs et illustrateurs Jeunesse
La Guilde Française des Scénaristes
La Ligue des Auteurs Professionnels
SAJ (Société des Auteurs de Jeux)
SELF (Syndicat des Écrivains de Langue Française)
SGDL (Société des Gens de Lettres)
SMDA-CFDT (Solidarité Maison des Artistes-CFDT)
SNAA-FO (Syndicat National des Artistes Auteurs – FO)
SNAC (Syndicat National des Auteurs et Compositeurs)
SnacBD (groupement des auteurs de Bande Dessinée)
SNAPcgt (Syndicat National des Artistes Plasticiens – CGT)
SNP (Syndicat National des Photographes)
SNSP (Syndicat National des Sculpteurs et Plasticiens)
UNPI (Union Nationale des Peintres Illustrateurs)
USOPAVE (Union des Syndicats et Organisations Professionnelles des Arts visuels et de l’Ecrit) 

Lycées, voie professionnelle : “La réussite de ces réformes est l’affaire de tous”

L’Association Les Éditeurs d’Éducation vient de diffuser une lettre ouverte, adressée aux présidents de Région. Elle concerne bien entendu la réforme des lycées et de la voie professionnelle. Elle est ici reproduite dans son intégralité.

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CHARLOTTE HENARD, CC BY SA 2.0
 

Les réformes du lycée entreront en vigueur selon le calendrier suivant (voie générale et technologique, d’une part, et voie professionnelle, d’autre part) : 

Suppression des séries, nouvelles matières, programmes revus en profondeur : cette réforme est ambitieuse et les éditeurs scolaires l’accompagnent, comme le veut leur mission, par la conception et la publication de ressources pédagogiques variées qui répondent à toutes les demandes.

Ainsi, les éditeurs proposeront : 
−  des manuels imprimés augmentés d’outils numériques complémentaires ;
−  des manuels numériques enrichis, complémentaires ou substitutifs des ouvrages imprimés, qui peuvent permettre aux établissements ou aux enseignants qui s’y sont préparés d’opter pour ce seul support ;
−  des ressources numériques diverses, qui offrent à tous (enseignants, parents, élèves) la possibilité de choisir parmi de nombreuses applications, sites internet, exercices interactifs, dispositifs d’individualisation des parcours d’apprentissage, etc., afin d’enrichir les modes d’apprentissage grâce aux nouvelles technologies.

Malgré un calendrier de publication des nouveaux programmes très contraint depuis les annonces des réformes par le ministre Jean-Michel Blanquer, les éditeurs scolaires confirment qu’ils seront prêts à temps afin de proposer à tous les acteurs des ressources diversifiées, de qualité et conformes aux nouveaux programmes. 

À la suite de nombreuses rencontres et discussions avec les régions, qui doivent faire face à une situation inédite (financement des ressources pédagogiques sur deux niveaux en un an) ainsi qu’à des délais très courts inhérents au calendrier des réformes, l’association Les Éditeurs d’Éducation souhaite attirer leur attention sur les points suivants : 
 

• Numérique 

Les ressources numériques font progressivement leur entrée dans les classes depuis plusieurs années. Elles sont utilisées sous différentes formes selon les choix opérés au sein des régions ou des établissements, ou par les enseignants eux-mêmes. Certaines régions envisagent de tirer parti de la réforme pour accélérer la mise en place d’outils bimédia voire pour organiser la substitution complète des manuels imprimés par des manuels numériques.

Les éditeurs scolaires sont pleinement engagés dans le développement de manuels et ressources numériques aux côtés des acteurs concernés et s’adapteront à toutes les demandes. 

Ils rappellent cependant que le succès de la transition numérique passe par :
− un équipement des élèves harmonisé et adapté aux exigences de leur classe. En lycée général et professionnel, du fait de la variété des activités à réaliser, l’ordinateur est beaucoup plus pertinent que la tablette. Les éventuelles solutions BYOD (Bring Your Own Device – Apportez votre propre équipement) doivent être encadrées pour que les machines des élèves aient les capacités nécessaires aux interconnexions avec les systèmes de l’établissement ;
− le bon dimensionnement des réseaux des établissements. Si la bande passante est insuffisante, la probabilité de dysfonctionnements en classe est élevée ;
− le fonctionnement fluide de l’ENT (Espace Numérique de Travail) de l’établissement. Idéalement, il faudrait éviter de changer d’ENT l’année où l’on généralise les outils numériques ;
− et surtout l’adhésion préalable des enseignants, voire leur formation. 
 

• Données à caractère personnel 

En cas de déploiement de ressources numériques se pose la question de la protection des données personnelles des élèves, notamment dans le cadre des travaux réalisés sur les plateformes. Les éditeurs sont bien entendu respectueux du cadre légal en vigueur, mais les données transitent par plusieurs systèmes.

Nous attirons donc l’attention des régions afin d’organiser ensemble et de manière sécurisée le traitement de ces données dans le respect des dispositions légales, comme le permet le GAR (Gestionnaire d’accès aux ressources déployé par le ministère de l’Éducation nationale) aujourd’hui et comme pourrait le permettre tout autre dispositif analogue demain. 
 

• Financement 

Depuis les années 2000, les régions ont souhaité mettre en place un dispositif de gratuité totale ou partielle des manuels scolaires par un financement direct ou indirect sur leur propre budget. Si les régions choisissent de réitérer la mise en place de ce type de dispositif, plusieurs éléments sont à considérer pour la préparation de leurs budgets : 
−  le calendrier atypique de la réforme ;
−  la charge d’éventuels dispositifs numériques ;
− le choix des modalités d’application de la gratuité : dotation directe aux établissements ou « Carte Famille » permettant l’implication des associations de parents d’élèves et l’achat des manuels dans les librairies.

La préparation minutieuse de ces dispositifs et leur communication claire aux communautés éducatives concernées permet d’accompagner efficacement les enseignants dans la préparation de la rentrée et de donner aux élèves toutes les chances de réussite.
 

La réussite de ces réformes est l’affaire de tous : du ministère de l’Éducation nationale qui la porte et qui s’assure de l’égalité entre les élèves sur l’ensemble du territoire ; des régions, qui l’accompagnent à la fois sur les infrastructures, les outils et les ressources ; des établissements, qui doivent l’organiser de manière concrète ; des enseignants, qui ont en charge de l’appliquer ; des parents d’élèves, qui doivent préparer dans les meilleures conditions l’entrée de leurs lycéens dans l’enseignement supérieur.

Les éditeurs scolaires, quant à eux, sont prêts à relever ce nouveau défi.

Gare aux crises de rire : Dés-mots-niaque, le jeu infernal

TEST JEU – Attention, voici de quoi révolutionner l’apéritif. Chez Solar, la collection Lifestyle regroupe plusieurs jeux pour passer le temps, réfléchir ou devenir fou. C’est le cas du dernier que ActuaLitté a pu tester, parmi les différentes boîtes qui nous sont parvenues de l’éditeur : Dés-mots-niaques. 

Dés-mots-niaque

 

Attention, l’abus d’alcool ne manquera pas de ralentir votre sagacité, indispensable ici… Dés-mots-niaque, comme son nom l’indique parfaitement, se joue avec un sablier. Et des cartes. Et puis, en effet, finement observé, des dés : les mots, en revanche, doivent vous sortir du cerveau. Avec une méthode des plus vicelardes…

Dés-mots-niaque, ce sont donc 55 cartes qui regroupent 550 thèmes – ne pas se soucier de la couleur violette ou verte, elles ne sont là que pour déstabiliser. Ensuite, il y a 12 dés – et pas 13, où alors on en a perdu un. Les 11 premiers affichent des lettres et un nombre de points qui est associé. Facile.
 

La méchanceté absolue révélée…

Le dernier incarne le summum de la vacherie humaine : en effet, l’objectif, on le saisit, sera de trouver des mots, en lien avec le thème choisi, et dans le temps imparti. Mais le dernier dé de couleur orange imposera que les mots en question soit commencent, soit finissent par l’une des lettres exposées sur les autres dés noirs… 

Ou, dernière option : que la seconde lettre des mots soit celle définie par les dés. Ô HORREUR ! Ô SATAN ! Ô INFÂME ! Parce que, dans ce cas de figure, fous rires, prises de tête et crises de rage sont garantis. Le déroulé est ensuite très simple : le sablier définit le temps de jeu, et chaque joueur doit hurler le mot qu’il a trouvé, en s’emparant rageusement du dé.

À la fin, on fait les comptes, en regardant les points affichés, celle ou celui qui obtiendra en premier 25 points a remporté la partie. Et en effet, on peut ajouter une variante qui impose de prendre un shot de vodka, tequila ou tout autre alcool, entre chaque manche – non pas pour le perdant, mais pour le gagnant. Histoire de troubler la partie.

Dés-mots-niaque

 

Inutile de dire que les conflits surviennent aisément : dans ce cas, on s’en remet à la démocratie, et les joueurs votent pour décider d’accepter ou refuser le mot qui a été proposé et serait donc litigieux. La mauvaise foi sera alors votre meilleure alliée, pour saupoudrer la partie d’une once de fous rires supplémentaires. 
 

Aucun doute, Dés-mots-niaque est une petite découverte dont on ne sépare plus une fois que l’on en maîtrise les rouages. Et cela vient vite. En trois parties, le jeu a été adopté à la rédaction. On peut saluer le flair de Corinne Cesano, qui chez Solar développe la gamme des jeux. 

Dés-mots-niaque – Solar – 9782263156113 – 12,90 € 
photos ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Le tatouage, “un ornement, un souvenir, une époque de sa vie”

Démocratisés, vulgarisés, devenus populaires autant que les piercings, les tatouages sont presque devenus communs. Héloïse Guay de Bellissen a goûté aux tatouages très jeune : elle a 18 ans, et cette démarche à la fin des années 90 était encore loin d’être aussi admise qu’aujourd’hui.

Librairie La Manoeuvre - Paris Xie
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Mariée à un tatoueur, l’auteure affiche sur son corps un nombre impressionnant de tatoos, « qui sont autant de souvenirs », expliquait-elle lors d’une rencontre organisée à la librairie La Manœuvre (Paris XIe). Discussion détendue avec Jérôme Cuvelier, son propriétaire, rires et échanges avec le public : l’occasion de rendre au tatouage ses lettres de noblesse.

« Un bijou ? Oui, peut-être. Je vois surtout le tatouage comme un ornement sur le corps », explique-t-elle. « Pour moi, c’est quelque chose d’intime, notamment dans la relation qui s’instaure avec la personne qui va réaliser le tatouage. C’est une confiance qui s’installe, qui est très importante. »
 

Plus encore, le tatoo devient une addiction, sorte de saine maladie : « On s’arrête rarement au premier. On évolue avec le temps : certains de mes tatouages, je ne les referais plus aujourd’hui, c’est évident. Mais ils représentent tous une époque de ma vie. »

Y compris le dragon qu’elle désirait tant, alors qu’elle n’avait que 18 ans, et qu’un tatoueur lui a refusé. « Sur le bras, c’était trop masculin : il me proposait quelque chose de plus discret, sur les reins, par exemple. En fait, je n’avais pas le droit à ce que les hommes que je voyais entrer dans son salon pouvaient réaliser. »

Finalement, elle le fit faire chez la mère d’une amie – chose interdite – pour aboutir à un ratage complet : « Mon beau dragon a fini par ressembler à un vilain lézard écrasé… »

Car dans son livre, c’est aussi une réflexion sur la place de la femme qui est posée : un récit, autobiographique, qui remonte les origines tribales de ce geste. « C’est une douleur que l’on s’impose et qui fait du bien. On marque sa peau, pour exprimer quelque chose qui nous ressemble. »
 

Avec humour, Héloïse Guay de Bellissen, parle de cette relation fascinante à la peau. « L’acte du tatouage, pour moi, est presque plus important dans ce qu’il signifie de soi et ce qu’il apporte, que le résultat, pour magnifique qu’il puisse être. »

Et son livre le dit très justement : « Ici seront racontées les histoires vraies de tatoués qui ne se connaissent pas et ne se connaîtront jamais et qui pourtant ont accompli le même voyage, la même odyssée. Un passage entre ce qu’on ne sera plus et ce que l’on devient. Et dans ce genre d’acte, il y a toujours du vivant et du mort, le présent et le passé. Toutes les histoires sont vraies, tous les personnages ont existé et existent. Ils se font tous écho, réveillent leurs tatouages ensemble. C’est un livre qui ne ment pas, car il rend hommage au relief de la chair et convoque nos ressources dormantes. »

Mais le mieux est encore de l’écouter : 
 


 
Héloïse Guay de Bellissen – Parce que les tatouages sont notre histoire – Robert Laffont – 9782221216781 – 18 €

Rentrée d’hiver 2019 : une nouvelle année littéraire lancée

À la recherche d’identité : Comment peut-on être Turc ? Et Français ?

PORTRAIT – Enseignant, traducteur, éditeur, auteur, Timour Muhidine interroge à travers ses nombreux métiers la culture turque, son héritage familial. D’Arras à Istanbul, il met son insatiable curiosité au service de passionnants projets. 


© Marie-Laure Fréchet

« Je suis un Français avec un nom turc. » À l’heure des présentations, Timour Muhidine pose les choses avec une voix douce. Et un art de l’ellipse qui confine à l’humilité tranquille de celui qui se cherche toujours. Attablé dans un café d’Arras, il est chez lui. Dans cette ville de cœur où il a passé son enfance et retrouve régulièrement sa famille, quand il s’échappe de Paris où il vit. « C’est ma région. Quand j’y reviens, c’est le week-end. Je ne sais pas si l’image que j’en ai est la bonne. Elle est un peu bloquée aux années 70… » 

Timour Muhidine naît à Koweit City et vit ses premières années à Londres. Son père, Syrien d’origine turque et journaliste anglophone, décède quand il a 3 ans. Sa mère, enseignante française, rejoint alors sa famille dans le Pas-de-Calais. Le jeune garçon y grandit jusqu’à l’âge de 18 ans, avant de rejoindre Lille et la fac d’anglais jusqu’au Capes. « Enseigner l’anglais, ça a été longtemps mon gagne-pain », note-t-il.

La question de ses origines le rattrape alors et à 20 ans, il décide d’apprendre aussi le turc. « Je savais à peine où était la Turquie. Mais j’avais le désir de renouer avec ma famille paternelle, raconte-t-il. J’ai fait tout le parcours de la reconquête. Ça m’a pris dix ans. » En ligne de mire, un grand-père militaire fantasmé. « J’ai aimé un rêve. Je voulais me réconcilier avec ce que je n’ai pas eu. Et c’est à travers la littérature que j’ai retrouvé une famille fictive. Car j’ai appris le turc pour traduire. Pas pour attaquer l’archéologie de Sainte-Sophie. » 
 

Un travail ontologique 

Dans les années 80, la littérature turque est encore peu traduite, malgré la réforme de la langue en 1928. « J’ai découvert une poésie renversante. Cela m’a happé, explique Timour Muhidine. Quant au roman, si Orhan Pamuk a décroché le Prix Nobel, il y a des dizaines de Pamuk. Je me suis alors lancé dans un travail ontologique. »

D’abord chercheur à l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul, puis enseignant en littérature turque contemporaine à l’Inalco (l’Institut national des langues et civilisations orientales), il dirige aussi pour Actes Sud la collection « Lettres turques ». Un autre métier, avec ses aléas. « Le service après-vente est pénible. Il faut serrer les boulons et partir en tournée avec l’auteur », commente-t-il, plus à l’aise dans la confrontation intime avec les textes. 

Timour Muhidine s’occupe également avec une quinzaine d’auteurs de Siècle 21, une revue « littérature et société », où il aborde notamment la résistance kurde et turque. « Au début, je n’avais pas de vision politique. J’étais plutôt neutre. Je ne le suis plus du tout », commente-t-il, comme en témoigne son engagement aux côtés d’Asli Erdogan, dont il est devenu l’éditeur. « Je l’ai rencontrée en 1993. C’était alors une jeune autrice. Ses livres ne se vendaient pas avant qu’elle fasse de la prison. »

Actuellement réfugiée en Allemagne, l’écrivaine turque était à Paris le 17 septembre à l’invitation d’une association de soutien aux militants politiques étrangers, faute de pouvoir encore rentrer dans son pays. « Le problème, en exil, c’est la langue, déplore Timour Muhidine. Elle se fige. Il faut être avec les gens. » 
 

Explorer l’âme turque 

Les gens, c’est aussi ce qui jalonne le parcours d’un homme qui ne cesse d’interroger la « turquitude », du nord de la France aux ruelles d’Istanbul, au fil d’une plume toujours curieuse et alerte. « J’ai depuis longtemps la certitude que le monde est en tout et pour tout une rue. […] Ma rue est un atlas, un globe terrestre, une mappemonde où je m’oriente sans sextant ni astrolabe », écrit-il dans Du Nord Cru (L’Esprit des Péninsules, 2003). En neuf scènes, il y évoque son enfance dans la région d’Arras, y cherchant vainement des Arabes et des Turcs.

« J’avais trouvé mon Orient entre Delacroix et les brumes du Nord », explique-t-il dans un récit porté par les images du photographe Philippe Dupuich, avec qui il a entamé une collaboration qui dure encore (voir en fin d’article). Dans Sous le soleil de Bernanos (Empreinte Temps présent, 2010), ils invitent Tahsin Yücel à parcourir les collines de l’Artois. Un écrivain turc, auteur il y a vingt ans d’une thèse sur Bernanos, qu’il a écrite dans un français « éblouissant » sans n’avoir jamais mis les pieds en France. 

Un projet ambitieux occupe aussi depuis plus de cinq ans l’écrivain et le photographe, qui partagent une passion commune pour l’ancienne Constantinople. « La Turquie peut sombrer, mais il faut garder Istanbul », s’enflamme Timour Muhidine qui s’intéresse à la culture underground et aux artistes marginaux connus ou inconnus de la ville. Des centaines de portraits ont déjà été rassemblés. Cinquante seront retenus.

« C’est une façon d’entrer dans la ville par un autre biais. Le texte, plutôt poétique, met en avant l’âme turque, dans sa dimension érotique, humoristique et fait la place aux minorités. C’est un acte de résistance et de véracité », explique l’écrivain. 

Lui parlerait-on des heures encore que l’on découvrirait que cet homme aux multiples casquettes fourmille de mille autres projets. Quand il ne lit ou ne traduit pas de la poésie (« Ça me met dans tous mes états ! »), il s’intéresse au cinéma – un ouvrage est en cours, mêlant impressions sur des films anciens et sur l’architecture des cinémas du Caire à Londres, en passant par le célèbre Apollo de Lens. Sous le coude également, un roman.

« C’est un projet ancien, une sorte de petit traité sur la France, vu par un ethnographe turc à la manière des Lettres persanes ». Comment peut-on être français ? Comment peut-on être turc ? Une autre façon d’interroger son identité. 

Marie-Laure Fréchet 
 

L’homme qui parlait aux géants, Éditions Du Nord Cru, 2018 

« Timour ne me demande rien et je ne lui demande rien. Son écriture véhicule ses propres images et j’ajoute les miennes », explique le photographe Philippe Dupuich. Ce nouvel opus fonctionne sur le même principe. « J’ai pris la première photo un peu par hasard à Cambrai en 2004. L’amorce d’un travail de 14 ans, à raison d’un déplacement par semaine. »

Timour Muhidine s’est lui laissé porter par les images et a imaginé une « fantaisie » en six tableaux mettant en scène la complicité entre Edmond, un bon « terrien », et son géant Guillaume. Le livre, édité à 700 exemplaires, a été autoédité, dans une belle reliure toilé. « On voulait un bel écrin », commente Philippe Dupuich qui réfléchit déjà à un deuxième tome. 

Philippe Dupuich et Timour Muhidine – L’homme qui parlait aux géants – Éditions Du Nord Cru – 9791069918375 – 34 €

 

France : les auteurs demandent un paiement trimestriel de leurs droits

La Ligue des auteurs professionnels vient de diffuser une lettre ouverte, interpellant les éditeurs. Les membres de cette organisation, qui vient de rejoindre le Conseil Permanent des Écrivains, demandent une révision du paiement des droits d’auteurs. Avec un règlement trimestriel. Leur lettre est ici reproduite dans son intégralité.

Conférence Les auteurs bientôt à poil (SGDL)
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Pour permettre aux auteurs de payer le prélèvement à la source de l’impôt et d’accéder à la prime d’activité, il y a nécessité que leurs droits d’auteur leur soient versés de manière trimestrielle dès 2019.
 

Prélévement à la source, qui se tarit

L’année 2019 est arrivée, et avec elle le prélèvement à la source de l’impôt. Malgré leur régime spécifique assimilé salarié, les auteurs sont soumis au principe de l’acompte contemporain, tout comme les indépendants.
L’administration fiscale prélève donc l’impôt directement sur leur compte en banque chaque mois ou chaque trimestre. De fait, son montant est calculé selon leurs revenus deux années plus tôt (en 2019, selon les revenus de 2017 tels que déclarés au printemps 2018).

Il est heureusement possible pour l’auteur de demander un ajustement de son taux d’imposition, mais il y a un important risque de pénalités en cas “d’erreur”, comme, par exemple, des revenus d’auteurs non prévus.

Par nature, le droit d’auteur est un revenu très fluctuant et imprévisible : l’auteur n’a pas de contrat de travail, mais un contrat d’édition. Sa rémunération est dépendante des ventes des ouvrages. La plupart des auteurs touchent leurs droits d’auteur sur les ventes de leurs livres seulement une fois par an, lors de la reddition de compte annuelle des éditeurs. Aujourd’hui en France, un auteur de livre n’a donc aucune transparence sur ses chiffres de ventes durant l’année, malgré les demandes répétées des organisations d’auteurs. L’opacité est donc totale, et évaluer les revenus de l’exploitation de ses livres relève de la voyance.

Les éditeurs auraient pu prélever l’impôt à la source sur les droits d’auteur, comme ils le font pour d’autres, mais l’ont refusé. Les auteurs se retrouvent donc dans une situation d’extrême fragilité en 2019.
 

En parallèle, le Gouvernement a annoncé une importante revalorisation de la prime d’activité dès le 5 février 2019, afin de redonner du pouvoir d’achat aux Français. Peu d’artistes et d’auteurs le savent mais ils y ont autant droit qu’un salarié. La Ligue fait donc campagne pour qu’ils y accèdent. En effet, il s’avère qu’il est très compliqué pour un auteur de toucher cette prime d’activité, compte tenu de la nécessité de fournir à la CAF des déclarations de revenus trimestrielles.
 

L’incompréhension de l’administration

Il est déjà difficile de faire comprendre aux CAF la nature du droit d’auteur (BNC ou salaire) et de leur fournir des documents qui leur conviennent. Mais, et surtout, avec un relevé de droits d’auteur le plus souvent annuel, les auteurs se retrouvent facilement à avoir la plupart de leurs revenus sur un seul trimestre, le faisant passer au-dessus des plafonds de la prime, et à avoir trois autres trimestres en dessous, eux, du seuil de la prime.

Les auteurs éprouvent donc actuellement de très grandes difficultés à accéder à la prime d’activité, un dispositif permettant pourtant un gain de pouvoir d’achat pouvant dépasser 250 euros par mois. Socialement, nous savons que la population des auteurs est dans une situation dramatique : 41% des auteurs professionnels gagnent moins que le SMIC. Les tenir éloignés de ce gain de pouvoir d’achat est donc inadmissible.

Plume pas mon auteur
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Pour ces deux raisons, prélèvement à la source de l’impôt et prime d’activité et vu la situation d’extrême fragilité où sont déjà nombre d’auteurs, la Ligue des auteurs professionnels demande aux maisons d’édition d’aider leurs auteurs à surmonter cette année très difficile en mettant en place une solution simple et pratique : la reddition de compte trimestrielle accompagnée du paiement sans délai des droits d’auteur.
 

De bonnes pratiques à instaurer

Au XXIe siècle, les maisons d’éditions ayant les chiffres de ventes au jour le jour, aucun obstacle technique ne saurait empêcher de multiplier les redditions de compte dans l’année. Afin de se caler avec les pratiques de l’administration fiscale comme de la CAF, ces redditions de comptes devront être arrêtées et payées aux mois suivants : mars, juin, septembre et décembre.
 

Il faudrait en parallèle que les auteurs aient eux aussi connaissance au jour le jour de leurs ventes, afin d’avoir une visibilité sur leurs revenus à venir, via un site et/ou des applications dédiées.

Ce serait aussi l’occasion pour les éditeurs qui n’appliquent pas le Code de la Propriété intellectuelle d’enfin le respecter. À ce jour, 60% des auteurs doivent encore réclamer leur reddition de compte et 64% des auteurs doivent également réclamer le paiement de leurs droits, alors que ces procédures sont supposées être automatiques.

La collaboration entre l’auteur et l’éditeur étant le socle de l’édition, les auteurs ont plus que jamais besoin du soutien de leurs partenaires éditoriaux afin de faire face aux crises et aux réformes en cours. Il nous parait impensable que notre demande ne soit pas entendue.

Des livres pour enchanter le quotidien

PORTRAIT – Livres enchantés a ouvert ses portes à Chaulnes, il y a presque deux ans. Cette librairie salon de thé se forge doucement une place et lance même son propre salon du livre. 

 

Chaque matin, à l’heure où blanchit la campagne, la librairie Livres enchantés ouvre ses portes. Dissimulé derrière une terrasse à l’allure un peu bohême, le lieu est aussi calme qu’accueillant. Fondé en décembre 2016 par Catherine Corrion, cet établissement est devenu le poumon littéraire de Chaulnes, une petite ville située entre Amiens et Saint-Quentin. 
 

Faire vivre la culture à la campagne 

« On me demande souvent pourquoi j’ai choisi Chaulnes pour ouvrir ma librairie », s’amuse Catherine Corrion. Pour elle, c’était une évidence : « Amiens n’a pas besoin de nous. Lille non plus. Ici, il n’y a rien au niveau culturel. Et nous sommes sur un territoire dont les habitants se déplacent peu. Notre projet, c’est d’amener la culture à eux. » Voilà donc plus d’un an et demi que Livres enchantés propose à Chaulnes et ses alentours une librairie couplée à un salon de thé.

« Nous sommes allés plusieurs fois en Angleterre : là-bas, la librairie salon de thé est quelque chose de très courant », explique la gérante séduite au point d’installer ce concept à Chaulnes. Dans cette petite ville de campagne, il est désormais possible de déguster un thé ou un café de qualité au beau milieu d’étagères couvertes de livres. « Le salon de thé est ouvert toute la journée et nous proposons même d’y déjeuner, mais uniquement sur réservation. Nous organisons par exemple des anniversaires et nous avons déjà accueilli sept personnes en une fois », souligne Catherine Corrion. 
 

Un réseau social physique 

Livres enchantés compte près de 3 000 livres, exposés dans soixante-quinze mètres carrés. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a du choix. L’étagère dédiée aux BD côtoie celle des livres en anglais, mais aussi celles des romans de poche, des auteurs régionaux, des polars, des livres de cuisine ou encore des cahiers de vacances… « Il y a de tout », commente la libraire. Et d’ajouter : « Nous sommes une librairie généraliste et notre objectif est d’accueillir toutes sortes de population. »

Livres enchantés prend donc soin de proposer des livres pour tous les âges, toutes les classes sociales et tous les niveaux de lecture. Une attention qui séduit : « Parmi nos clients, il y a des personnes qui ne lisaient pas avant de pousser la porte de la librairie », se réjouit-elle. Et d’ajouter : « Beaucoup de gens viennent chercher chez nous des livres qui leur font du bien. Même si j’ai moins le temps de lire qu’avant la création de la librairie, je ne conseille jamais un livre quejen’aipaslu ! » 

Cet établissement, Catherine Corrion l’a également pensé comme un lieu de rencontres. « Nous faisons en sorte que les gens se parlent, qu’il s’agisse d’enfants, de personnes âgées, d’étudiants, de demandeurs d’emploi, etc. », explique-t-elle avant d’ajouter, dans un sourire : « Livres enchantés, c’est un réseau social physique. Et il y a parfois des rencontres improbables ici ! » Pour créer du lien, il y a le salon de thé bien sûr, mais pas uniquement.

La librairie comporte également un petit espace cosy, composé de canapés et d’une table basse, où il est possible de tester des jeux de société avant de les acheter. Parfois, cet espace se voit déplacé, au profit d’une scène. « Nous accueillons régulièrement des groupes de musique, qui donnent des concerts en soirée », indique la libraire. Autant d’animations qui ont vocation à transformer ce petit commerce de centre-ville en « lieu enchanté », où les uns et les autres se laissent aller. « Le week-end dernier, un monsieur est venu déguster une glace en terrasse. Il m’a dit qu’il ne manquait que la mer pour que tout soit parfait : il s’est laissé enchanter », se réjouit la libraire. 
 

Un démarrage compliqué 

« Cette librairie, c’est plein de bons moments. Chaque jour qui passe fournit une anecdote à raconter », s’enthousiasme Catherine Corrion. Cela lui permet de trouver l’énergie nécessaire pour poursuivre une aventure qui n’est pas toujours des plus simples. Livres enchantés a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 71 000 euros, dont deux tiers grâce à l’activité librairie. « C’était la tranche basse de notre prévisionnel », soupire la libraire.

Concernant l’exercice en cours, il lui est difficile d’établir une tendance, tant les fluctuations sont importantes d’un mois à l’autre. « Nous ne sommes pas en déficit, mais juste à l’équilibre », précise la libraire, avant d’ajouter : « Au bout d’un an et demi, je ne parviens pas encore à me dégager un salaire. J’espère que ce sera le cas quand la librairie fêtera ses trois ans… » Face à ce démarrage un peu lent, la librairie met en cause les charges qui pèsent sur les petits commerces, mais aussi le manque d’aides.

« Nous n’avons reçu aucune aide pour lancer Livres enchantés. Nous avons réalisé un emprunt bancaire et effectué tous les travaux nous-mêmes dans ce local : carrelage, électricité, isolation… », détaille la gérante qui regrette ce manque d’accompagnement financier. « Heureusement, nous avons été suivis par la Chambre des métiers et de l’artisanat qui nous a apporté de précieux conseils. » 
 

Un salon du livre en 2019 

Même si lancer une librairie en milieu rural n’est pas un long fleuve tranquille, Catherine Corrion n’envisage pas une seconde de baisser les bras. Pour dynamiser l’activité, elle multiplie les partenariats, comme avec le collège et la médiathèque de Chaulnes, ainsi que les animations.

Outre les auteurs accueillis pour des séances de dédicaces, la libraire va organiser en 2019 un salon du livre, pour la deuxième année consécutive. « La première édition a eu lieu le 1er mai 2018, lors d’une animation printanière qui existe ici depuis 20 ans. Nous avons accueilli 13 auteurs locaux ou régionaux, en collaborant notamment avec Ravet-Anceau. Nous avons reçu près de 1 000 visiteurs pour cette première édition », se félicite la libraire.

L’opération sera donc reconduite le 1er mai 2019, avec cette fois l’organisation d’un prix littéraire récompensant un roman dont l’auteur est de la région. « L’objectif est de défendre le local. Trop de gens ont tendance à dénigrer leur territoire. Nous voulons montrer que l’on peut trouver des richesses près de chez soi », conclut-elle. 

2 bis Avenue Aristide Briand,
80320 Chaulnes
Contact : 03 22 85 81 97 

Élodie Soury-Lavergne

 

Les auteurs jeunesse engagés contre les châtiments corporels aux enfants

C’était il y un an, j’étais reçu par une classe pour parler d’un de mes romans dans lequel un enfant est battu par ses parents. J’ai demandé aux élèves combien d’entre eux avaient déjà reçu une fessée ou une gifle. Seules cinq mains ne se sont pas levées. Je n’avais jamais vu une aussi triste forêt.

par Martin Page
en partenariat avec la Charte des auteurs
et illustrateurs jeunesse
Belle époque illustration-L'Echo du Nord 1902
mo, CC BY ND NC 2.0

 

Nous devons nous opposer aux châtiments corporels à l’égard des enfants

Aujourd’hui, la France est un des derniers pays d’Europe (avec, entre autres, le Royaume-Uni et la Biélorussie) à encore autoriser la violence physique à l’égard des enfants. Dans le domaine de la violence, il est toujours important de faire joli et d’euphémiser, alors on appelle ça « châtiments corporels », ça donne un côté littéraire et un peu précieux et désuet à la chose. En fait, ce sont des coups, des baffes, des fessées, et même, comme si ça ne suffisait pas, des fessées culotte baissée. 

Heureusement, il y a quelques semaines une proposition de loi a été votée pour interdire fessées et gifles. Il était temps. La loi doit encore être mise à l’ordre du jour du Sénat (croisons les doigts). Seule une députée d’extrême droite a voté contre. 

Mais 80 % des Françaises et des Français sont toujours en faveur des châtiments corporels. Une loi ne suffira donc pas. Il faudra des campagnes d’information et de sensibilisation, une véritable volonté politique. Ce ne sera pas simple. Il y a quelques semaines j’ai assisté à une rencontre consacrée aux violences subies par les enfants à l’école. Quand j’ai évoqué les violences intra familiales et leur lien avec les violences scolaires, la psychologue, embarrassée, m’a répondu que ce n’était pas le sujet. Selon elle, ça n’avait rien à voir. La route est encore longue. Il faudra beaucoup de courage et de volonté pour changer notre société.

Les châtiments corporels sont une norme suicidaire pour une société démocratique. Des coups donnés à un adulte par un autre adulte auraient pour conséquence le dépôt d’une plainte et un procès, en tout cas une réprobation générale. Des gifles données à un enfant ? Pas de conséquence, ni procès, ni réprobation. Ainsi, dès leurs premières années, on apprend aux enfants que l’âge et le statut social peuvent légitimer l’exercice de la violence. 

Les enfants ne peuvent pas voter, ils ont peu de droits, c’est la catégorie sociale la plus opprimée, alors on leur réserve le sort tragique et injuste réservé à tous les opprimés. À la merci des adultes, ils doivent accepter la compétition blessante et humiliante des études, l’encouragement à la consommation comme modèle de civilisation, pas mal d’obligations et d’entraves à leur liberté. Finalement, les châtiments corporels, au sommet de cette pyramide maltraitante, révèlent pleinement la manière dont la société considère les enfants : comme des êtres inférieurs que l’on peut malmener. 
 

Les enfants doivent être protégés et défendus. Ils doivent être écoutés et entendus quand ils pleurent, ont mal, sont tristes et se plaignent. Et si quelque chose comme l’éducation existe, alors celle-ci ne saurait comprendre la moindre forme de violence. Ni violence psychologique (la proposition de loi mentionnée plus haut en parle justement : « Les titulaires de l’autorité parentale ne peuvent user de moyens d’humiliation tels que la violence physique et verbale, les punitions ou châtiments corporels, les souffrances morales »), ni violence physique. Finalement, il faudrait poser un axiome : « Si je t’aime, si je te considère, je ne te frappe pas ». Il n’y a pas de mais, pas de petits caractères en bas de page, pas d’exceptions. 

Il y a une cinquantaine d’années, donner une « correction » à sa femme ne provoquait pas de débats. Une part des hommes pensait qu’il fallait éduquer les femmes qui, parfois (c’était le discours de l’époque), n’obéissaient pas, se montraient indisciplinées, capricieuses, menteuses. Il est troublant de retrouver le même vocabulaire chez les machistes d’antan et les âgistes (l’âgisme c’est la discrimination et les préjugés liés à l’âge) d’aujourd’hui. On ne viendra pas à bout des violences conjugales si on ne se préoccupe pas des violences faites aux enfants. Les racines sont les mêmes. Les pays où les violences conjugales sont les moins fréquentes se trouvent être les pays où les châtiments corporels à l’égard des enfants sont interdits et condamnés par la loi et l’opinion publique.

Éduquer en donnant des coups et des gifles est un héritage de notre éducation religieuse et républicaine, c’est un fait social qui n’est pas intangible. La Suède a débattu de la question, des experts ont témoigné, le pays entier s’est penché (et disputé) sur la question et il a finalement été décidé, collectivement, qu’on ne devait pas frapper les enfants. L’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, la Norvège, la Roumanie, la Finlande ont suivi le même chemin. L’État a posé l’interdiction formelle de frapper les enfants. Ces pays ont évolué. Et pour tous ces peuples, il paraît aujourd’hui aussi scandaleux de donner une gifle à un enfant qu’à une femme. J’ose à peine dire cette évidence : ça ne fait pas des enfants moins bien élevés et moins conscients des règles. C’est même tout le contraire.

Comme le rappelle Maurice Godelier, les choses changeront « à mesure que les sociétés humaines seront moins inégalitaires et moins despotiques ». Les violences à l’égard des enfants ne sont pas un fait à penser isolément. Des autrices et des auteurs comme Daniel Delanoë et Alice Miller s’engagent contre les maltraitances faites aux enfants et rappellent que les châtiments corporels sont le signe d’un pays violent aussi avec les adultes épuisés, peu considérés, humiliés, malheureux, mal éduqués.
 

C’est un symptôme d’une société violente à l’égard de tous les individus. Il est temps de bouleverser tout ça. Et la première étape consiste à dire clairement : on ne frappe pas les enfants. Je sais bien que ça ne sera pas simple, alors que 80 % des habitants de ce pays sont contre l’interdiction de la fessée. Mais on engage un combat parce qu’on le sait juste, pas parce qu’il est populaire.

J’appartiens à une génération qui recevait encore des coups de règle de la part de certains instituteurs. Des ami·e·s ont eu le droit à des fessées déculottées devant les autres élèves. Ça semble fou aujourd’hui. On ne fermait pas les yeux comme on le faisait pour les violences sexuelles (un point commun entre l’Éducation nationale et l’Église catholique), non, on les avait grands ouverts et on trouvait ça normal. L’école était un lieu de l’apprentissage de la loi du plus fort et de suspension du droit. Comment s’étonner dans ce cas, de la violence psychologique et physique des adultes ? 
 

martin page libre de droits - crédit Zoe Victoria Fischer
Martin Page, crédit Zoé Victoria Fischer

Ce temps est fini. Les professeurs ne frappent plus les enfants (mais nul doute qu’il reste trace de cette violence dans l’inconscient collectif et dans celui de nombreux parents). Pour cette raison, pour se racheter en quelque sorte, mais aussi parce que c’est faire œuvre d’éducation que de s’opposer à la violence comme norme sociale, l’école devrait être un des lieux où le sujet pourrait être abordé, avec fermeté et bienveillance. Quitte à fâcher des parents.
Maintenant il est temps de faire entrer le droit, la morale et la justice dans les familles. Ce sont des espaces intimes certes, mais aussi sociaux, c’est donc à la société de décider ce qui est tolérable ou pas. Pas aux familles. Frapper un enfant n’est pas une liberté de parent. C’est un rapport de force lié à une position de pouvoir. Tout le contraire de la liberté, en somme.

Les études scientifiques ne manquent pas pour à la fois souligner l’inefficacité (les conclusions sont unanimes : ça ne sert à rien, les effets éducationnels sont même négatifs) et la nocivité de la moindre « petite » fessée. Ces coups laissent des marques indélébiles dans l’esprit des enfants et participent à former les névroses, les insensibilités et les violences des adultes qu’ils seront demain. Un enfant qui aura appris qu’on peut le gifler à cause d’une bêtise, d’un mot, d’une désobéissance, restera marqué toute sa vie (même si, adulte, il minimisera souvent les faits, avec le cliché habituel : « Une fessée n’a jamais tué personne »).

Les traumatismes ne concernent pas seulement les enfants battus à coups de ceinture ou jusqu’au sang (et qui meurent, en 2016, 131 enfants sont morts sous les coups de leurs parents, et je ne parle pas des violences sexuelles) mais aussi ceux qui reçoivent de « simples » gifles ou fessées. Ce sont des traumatismes aux conséquences intimes et sociales tragiques.

Mais je ne crois pas qu’on devrait se baser sur des études scientifiques pour arrêter de frapper les enfants ? Quand on dit qu’il ne faut pas frapper sa femme, on ne dit pas : « Des études ont prouvé que gifler sa compagne peut avoir des effets négatifs sur la vie de couple » ou « Selon des psychologues, frapper sa compagne peut avoir des répercussions sur l’humeur des femmes ». Non. On rejette tout simplement et en bloc toute violence à l’égard d’un autre individu. C’est une question politique et morale non négociable. Et c’est peut-être la première chose à faire : reconnaître que les enfants sont des individus à part entière. Comme la société a fini par le faire (et apprend toujours à le faire) à l’égard des femmes.
 

Il y a quelque temps, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a pris position contre la Loi Asile Immigration en rejoignant un collectif d’associations pour dire « On ne met pas les enfants dans des prisons parce que leurs parents essayent d’échapper à la barbarie ». On ne met pas les enfants en prison. C’est un principe et nous le défendrons vent debout. La Charte a raison. Dire que des enfants étrangers sont maltraités, et dénoncer ce scandale, je trouve ça indispensable.

J’aimerais qu’on aille plus loin : que les acteurs du livre jeunesse qui travaillent avec et pour les enfants disent la même chose à propos des enfants qui nous sont proches, que nous ayons le courage de défendre les enfants français qui eux aussi sont maltraités, d’une manière différente, mais pas moins scandaleuse. Quand la Charte a signé la tribune s’opposant à l’enfermement des enfants, je me suis tout de suite dit : « Bravo ! Voilà, enfin, nous nous mêlons de ce qui nous concerne. Il faut continuer. » 

Je sais bien que l’idée que des artistes prennent position ne plaît pas à tout le monde, et d’ailleurs pas à tous les artistes. Pourtant notre engagement est manifeste et justifié quand il s’agit de défendre nos droits sociaux, c’est une question vitale si nous voulons continuer à créer. Nous sommes pleinement dans le politique. Nous n’hésitons pas à intervenir dans des affaires de racisme ou de sexisme. Au nom de quelle logique devrions-nous ignorer les violences dans les familles ? D’autant plus que la littérature jeunesse est la littérature politique et émancipatrice par excellence. Nous savons combien nos livres suscitent de réactions et de passions, combien nos livres comptent dans la société et la vie des enfants et des adolescents. 

Tout simplement, soyons justes et cohérents : si on écrit et si on dessine pour les enfants, alors la moindre des choses, c’est de les écouter, de les défendre, de se mobiliser pour qu’ils soient traités dignement. Nous sommes liés. Nous ne pouvons pas nous contenter d’être des autrices, des auteurs, des illustratrices et des illustrateurs, qui assistons à une injustice majeure sans rien dire. Les enfants et les adolescents sont notre public et nos premiers soutiens : il est de notre devoir de dénoncer la violence à leur égard.

C’est même la moindre des choses. 

Bien sûr nous parlons de sujets graves dans nos livres et nous aidons déjà des enfants et des adolescents par ce biais. Nous essayons de leur donner des armes ou des moyens de s’en forger eux-mêmes. Parfois nous agissons plus directement par nos œuvres de fictions ou documentaires (en proposant par exemple d’autres manières d’éduquer et de se comporter avec les enfants, d’autres manières de les considérer). C’est bien. Mais ça ne suffit pas. 

Nous écrivons et nous dessinons des livres pour les enfants. Nous animons des ateliers et participons à des rencontres. Le sort de nos lectrices et de nos lecteurs ne peut pas nous être indifférent. Nous ne pouvons pas nous considérer comme des artistes si nous ignorons la violence qui s’exerce contre eux, un artiste ne peut pas être du côté de la force et de celui qui donne les coups.

Nous devrions prendre position publiquement en tant que groupe, en tant que profession, par des tribunes, des pétitions. Il est temps que nous élevions collectivement la voix pour défendre les enfants qui reçoivent fessées et gifles, et plus généralement pour défendre tous les enfants qui subissent des violences économiques et sociales. J’aimerais que l’Éducation Nationale, les associations de parents d’élèves, les associations d’auteurs et d’autrices, se mobilisent sur cette question. Nous avons été silencieux trop longtemps et ça ne peut plus durer.